Autolouange au jardin Guervoeur mai 2013

Dominique

Je suis crosse de fougère

Et me déploie vers le ciel,

Je suis lutin au chapeau pointu,

Dont l’ombre apparaît dans la lumière

Et pourquoi pas un arc-en-ciel

Sur lequel se pose le doux chant des oiseaux

Je suis serre, chaudron

Où bouillonne l’alchimie

Des senteurs, des couleurs,

Des odeurs, des croissances

Et des devenirs.

Francine

Je suis surgissement de printemps

Et palette de teintes de verts

Eclatant au soleil.

Je chemine en foulant

L’herbe tendre.

Je suis frémissement des arbres

Et arbrisseaux bercés par le vent

Qui salue le passage

De la Reine des Bois.

Je suis peau

Caressée et ré »chauffée

Par les doux rayons

De l’astre solaire.

J’avance,

Je chemine,

Je sais que je suis sur le bon chemin.

Je suis à ma place parfaite.

Des milliers d’oiseaux m’accompagnent

De leur mélodie enchanteresse

Et chuchotent à mon oreille :

Oui, oui, oui !

Même le ruisseau le dit

Dans sa petite cantate divine

Je suis Blanche Neige

Vibrante de printemps.

Gersende

Je suis soleil ardent, rayon nucléaire, pierre en fusion

Je suis caresse et je suis brûlure

Sans moi : la mort ; trop de moi : la mort

Je suis l’énergie vitale dont nul ne peut se passer.

Je suis astre de feu, boule incandescente, territoire impénétrable

Père du monde et origine de toute légende

Je donne et je reprends quand bon me semble

Nul ne saurait franchir mes limites, ni m’imposer sa loi.

Je brûle les ailes des intrépides et la peau des hommes nus

Ma colère : magma en éruption

Mon courroux est insoutenable

Mais tout en moi brûle du désir infini de ma création

Alchimiste par nature, je change le plomb en or

Et les larmes en perles fertiles

Je suis miséricorde, patience et bonté

Je suis chaleur, douceur, langueur

Allégresse de l’enfant, éclat de vitrail, mystère insondable de l’arc-en-ciel

La terre est ma bien-aimée

Mon amante aux effluves célestes

Je la désire et la bénit, je la séduis et l’ensemence

Je veille jalousement à l’éclosion de chacune de ses promesses

Comment pourrait-elle oublier notre alliance originelle ?

Au plus profond de ses entrailles,

Gît mon noyau divin fondateur

Léonard

Je suis chapelle de Guerveur,

Je suis église.

Je suis fraîcheur en plein été.

Je suis brise légère dans les relations tendues.

Je suis icône dorée d’un univers intérieur

De senteurs et d’encens, d’élégance et de silence,

De processions et de chants purs.

Je suis lieu et espace de rafraîchissement

Où l’on reprend son souffle et respire librement.

Je suis lieu communautaire et convivial

Où tous communient à la même soif, à la même faim.

Je suis gué de passage entre cette rive et l’autre encore inconnue.

Je suis christophore, les pieds dans le tumulte du monde et la tête dans le ciel.

Je suis église.

Je révise mes condamnations,

J’arrête mes jugements,

Je suspends mes excommunications,

Je renonce à mes richesses,

Je ne lève plus mon doigt sur autrui,

Je ne corrige plus les comportements,

Je ne vous parle plus comme propriétaire de la vérité.

Je suis église,

Je suis chapelle pleine de vous, emplie de vos dons, enrichie par votre histoire,

Je rassemble vos récits de vie, j’empile les expériences,

Je les garde et les regarde encore et encore.

Je suis prière.

Je ne juge pas.

Je laisse venir l’inconnu.

J’attends sans savoir ni qui ni comment. Ni pourquoi d’ailleurs !

J’attends qu’une porte s’ouvre.

J’attends que l’horizon s’approche.

J’attends sans distinguer entre je et tu.

Je passe par des ponts et des passerelles pour trouver le chemin

Où se fera la rencontre,

Où je lirai les lignes de ma vie,

Où je serai dans l’évidence,

Où je reconnaîtrai la grâce,

Grâce sur grâce.

Marie

Moutonnement léger de cerisier en neige duveteuse,

Je suis promesse de mille délices lorsque du blanc virginal

De ma pureté innocente paraîtra le fruit rouge de mes

Amours à ciel ouvert.

Corolle canari, je suis bouton d’or dansant la rumba des vents.

Qu’importe mes fragilités : mes racines puissantes

Me donnent tant de sœurs que j’en suis indestructible.

Je nargue les faux bien pensantes : sous la menace j’aurai le dernier mot !

Bette au pied violacé, je confonds les rhubarbes et m’amuse de démasquer

Les arrogants incompétents. J’abonde dans le sens des naïvetés

Pour stimuler le discernement et l’acquisition de compétences expérimentées.

Je suis tri sélectif des pensées qui valent ou non engagement.

Sauge, bourrache, plantain, capucine, pissenlit, ail des ours, orties,

Tant de générosité…et tant d’ignorance ! A portée de mes doigts

Mille herbes s’offrent au festin que je délaisse de n’avoir point

De grand-père jardinier, de grand-mère rebouteuse, d’aïeul sage et sorcier.

Devenir cette aïeule : reconnaître entre tous les verts celui du poison

Et celui qui sauve, ramasser au sol le pansement qui cautérise,

La tisane drainante, le baume qui apaise, la santé qui se donne.

Sagesse tutélaire, je suis racine de l’arbre de la connaissance, souffle de curiosité.

Là où la plaine est immense, la mer proche, et le soleil intense,

Je suis marronnier du réconfort. Ma haute stature aux mille panaches

S’ébroue aux premières lueurs printanières proclamant la splendeur de l’inutile.

J’offre mes marrons-amulettes aux enfants de tout âge

Et m’éclipse en fauve rugissant.

Patricia

Je suis chaleur du soleil qui réchauffe les corps et les cœurs, je suis douce caresse du vent sur tes joues, je suis baiser de la nature toute entière, explosion de formes et multitude de couleurs, luxuriance de parfums enivrants, tels les plus fins des nectars.

Je suis fleur qui tombe de son arbre, qui sait mourir, qui sait nourrir pour mieux renaître.

Je suis herbe folle indomptable qui danse avec le vent.

Exotisme de l’apparente banalité, je fais naître l’invisible et le sublime, telle cette fleur de pissenlit que l’on dit fanée alors qu’elle s’appète à essaimer sous les yeux aveugle, des myriades de graines volantes semblables à des plumes d’anges s’élevant dans le bleu du ciel.

Je suis terre naissante et renaissante, source de vie.

Je suis papillon jaune qui vous rappelle la légèreté de l’âme, je suis souche racornie et noircie par le feu qui purifie l’âme, je suis insecte suspendu dans l’air et qui reprend sa course folle.

Je suis échelle contre ce mur qui mène au figuier. Je suis figuier aux branches magnifiquement tortueuses qui élance ses multiples bras vers le ciel comme pour mieux l’embrasser, celui qui relie les hommes aux dieux, la terre au ciel.

Je suis l’autre en toi qui te dit son amour.

Pierre

Ma place

Je suis allé au fond de la verdure. J’ai traversé les pissenlits, les orties et les fleurs blanches sans nom. J’ai trouvé le mur de pierre, mon mur.

La pierre où je suis assis épouse juste mes fesses. Je suis à ma place. Je vais l’emporter.

Le mur ouvre sur la vallée, pas encore assez verte pour mon proche anniversaire et sur le Menez Hom, brun comme le chapeau de Léonard, et la mer qui se devine.

Je suis à ma place.

Vous, les autres, êtes là, autour, invisibles et tout proches.

Vous êtes la densité de l’instant et du lieu.

Je suis la densité de l’instant et du lieu.

Demain j’aurai la pierre et vous.

Je demande pardon à Beaudelaire :

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

De femmes et d’hommes inconnus et que j’aime et qui m’aiment

Et qui ne sont à chaque fois ni tout à fait autres, ni tout à fait les mêmes

Et m’aiment et me comprennent…

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