Autolouanges formation Saint-Didier, Anne Gravier juillet 2013

Je suis vaisselle d’argent, courbe et ciselée, ronde, œuvre précieuse

façonnée pour contenir.

Mais que s’est-il passé ?

La conque est renversée, le parfum semble s’être échappé.

Reste la lumière de mes reflets.

Je suis le verre qui a soif, l’aiguière qui soulève son couvercle

vers le ciel : A boire, à boire ! Retombe-t-il d’un coup sec,

ce couvercle, je suis aussi le ressort, je suis le rebond.

Et je m’ouvre à nouveau. A boire, à boire !

Quelqu’un a pelé un citron et déposé son fruit près de moi.

Presse, presse, pressons le citron ; j’y mettrai l’eau

qui court et entre par la fenêtre ouverte.

A boire, à boire ! Mais pas n’importe quel jus ! Jus ? Jus ?

Jus-te comme ceci, jus-te comme cela, par ici mais pas là ? Non !

Jus de soleil, jus acidulé et frais, courant désaltérant,

jaune flamboyant,

pétillant, goutte cicatrisante,

parfum révélateur,

merveilleux assaisonnement.

A boire, à boire, à boire !

Je suis bonté en éruption, feux lancés vers le ciel,

pluie fécondante.

Issue d’entrailles profondes, je suis coulée rougeoyante, chaleur vivifiante.

Je bouscule sur mon passage, brûle scories, je perce serrures,

brèche les murs,

je réchauffe les logis glacés, déloge les conventions du monde.

Je suscite consumance, surprise, émerveillement ou effroi,

mais ma brûlure n’est pas de guerre.

Avec le temps, je cimente la construction mouvante du monde,

jusqu’en ses bases les plus cachées.

Je suis bois trouvé.

Soulevé par l’étreinte de tes bras, je quitte ma terre natale,

salue en hâte mes racines nourricières, le tronc paternel,

mes branches cousines, toute ma parenté.

Par un transport à moi inconnu, je te suis jusqu’ici.

Dans ton antre, caressée de l’œil et de la main, je suis choisie.

Peu à peu je m’approche de l’axe. Je ralentis mon pas.

Immobile, je me fixe un instant.

Croisant nos regards, tu m’invites à la valse créatrice.

J’entre dans la danse circulaire, j’acquiesce,

Je la veux sans fin, extatique.

Je suis tout, cœur et cercles.

Derviche, je me vide. Je laisse place à la vie nouvelle.

Je suis feuille. J’ai ouvert ma fibre intime,

le livre de mes mystères cachés.

Mes lignes sont des trous, mes trous sont des lignes.

Je suis invitation au regard de l’invisible,

à la caresse de l’inattendu.

Je suis bois tourné.

Etang calme, je suis œil serti dans le paysage immense de la vie.

Regard clair, j’abreuve l’assoiffé et peu à peu apaise.

Je suis sérénité déterminée.

Sous l’iris, chauffé par un soleil intérieur sans mesure,

je bouillonne jusqu’au tréfonds de mes boues.

Matières multiples, je traverse l’alambic, et, vapeur,

je perfuse les êtres qui m’entourent d’un goutte à goutte

doux et vital, tendre et fondamental.

Je suis rencontre de l’ami venu des quatre horizons.

Attention vive à chaque couleur apportée,

dépôt secret de traces pigmentées,

nappe souterraine aux fresques bigarrées,

je déploie l’arc en ciel.

J’initie le poème en chacun,

je suis crayon de son histoire fabuleuse.

Je suis miracle quotidien qui effleure de sa plume

la profondeur d’une vérité incontestable*.

*extrait de l’interprétation des anagrammes de Max Douchin

Je suis solitude des versants cachés,

contrepoint des folies de la fête,

silence nourricier.

Je suis l’abri du pèlerin égaré, source au pied des collines.

Je suis porte ouverte, fraîcheur offerte.

Vide de tout artifice, je suis l’écart, le chemin de traverse.

Je laisse place.

En mon sein, je suis berceau créateur d’un pas, d’un regard,

d’une parole déposés là et multipliés.

Je suis le vide qui permet la montée.

Je suis cœur palpitant, sangs mêlés de tous mes passés,

reliance d’expériences façonnantes.

Pulsant l’énergie d’elles reçues, je féconde mes tendresses manquées,

en caresse les angles.

De mes mains habitées, je masse et détends les colères désamorcées.

Je suis rabot, ponçage répété de ces aspérités.

Je suis bois décapé, révélé.

De mes racines aux sources renouvelées monte un chant de

justesse ferme et délibéré.

Au carrefour des mains entrecroisées, j’offre appui et solidité.

Je suis geste déployé, chant d’intégrité et de beauté.

Issue de la lignée vertigineuse de mes ancêtres, je suis aigle des montagnes.

Déposée par eux sur des promontoires où nul ne peut rester sauf,

je suis envol, lancé d’une hauteur folle et inimaginée.

Prise dans mes cercles acharnés,

chutes verticales et remontées abruptes,

je mute en spirales dont je ne connais pas la fin.

Je traverse les dépressions du vide en noble fille*.

Dans l’œil de mes cyclones, je vois.

J’écarte les noirceurs de l’agressivité et du mensonge.

Dans chaque faille de lumière, mon être tout entier engagé,

je scrute, caresse et encourage la venue du printemps.

Mon jardin est hors du temps.

Je suis âme éblouie devant l’éclosion

De la toute magnificence.

· Traverse, noble fille, traverse. Christiane Singer

·

Je suis gerbe composée d’herbes simples.

Les champs qui m’ont donné la vie ont traversé les âges.

Fruit de moissons innombrables, je suis bouton

dont les capuches protectrices s’écartent une à une,

laissant exploser des magnificences prometteuses.

Reliée à la source, je suis puissance d’éclosions.

Je suis curiosité vive. Fleurs offertes à toutes les directions,

je jubile du vas et viens de rencontres infinis,

et tout à la fois me rassemble, une,

et oriente ma soif vers la source qui me nourrit et m’enracine.

Enfant, je grimpe à l’arbre des découvertes,

hésite à tout cueillir,

ne pouvant tout mettre dans mes poches.

Glissant sous l’écorce, je suis passage de sève,

guettant des croissances patientes ou inattendues.

J’assiste à des naissances qui me laissent sans voix.

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