Je regarde dans le miroir de cette page blanche

Je regarde dans le miroir de cette page blanche

Où ne se devine que le palimpseste de mon cœur

plaque d’ardoise, table rase

Vidée sans cesse mais s’emplissant néanmoins chaque jour.

Je suis un livre ouvert.

Je me connais de a à z.

Dans mes rêves je lis des récits étranges et pourtant familiers dans lesquels les lettres dansent, et les événements sortent de la prison de leur chronologie.

Je suis les lettres, à l’affût d’un secret – d’un secret bercé.

Mon écriture est faite de sacrés hiéroglyphes.

J’adore toute lettre, celle-ci, celle-là.

Elles sont mes repères, qu’elles soient sanscrites, tibétaines ou catholiques.

Mon monde à moi est une bibliothèque de signes et de prodiges.

Mon idéal, c’est le garamond, ce joyau de l’équilibre élégant.

Connaissez-vous une autre lettre aussi courtoise ?

Les italiques aussi me séduisent.

Ils courent, ils font des révérences, ils se tendent vers l’avant.

Comme le Dalaï Lama, l’italique est un signe du dieu très bas, d’un dieu tout près de vous, presque à genoux devant vous pour vous relever par la lumière de son regard.

Les italiques aplanissent les escarpements de mon avenir,

m’entraînent vers cette lumière vacillante mais vaillante au bout de l’angoisse, au-delà du point final.

Tandis que les romains se tiennent coi et vous font stagner…

Je voudrais avoir la patience de faire de la calligraphie, avoir le sentiment de la gratuité du temps,

Comme mon père qui passait des heures sur une initiale médiévale, pour la peindre de volutes extrêmes, de l’élégance des mouvements de son cœur, pour la dorer, pour la faire admirer.

Il la regardait ensuite briller sur le parchemin.

Rien de plus beau qu’un manuscrit ancien, qu’une lettre écrite à la main, qu’une lettre d’amour que l’on lit et relit à la recherche de soi-même. Ecoutez le crissement de la plume dans le silence de la chambre. Tout s’arrête, et les sentiments coulent à flot.

Tracer ces belles lignes sur l’espace d’une feuille, comme un tracteur dans un champ de hautes herbes.

Aurais-je la main ferme, le geste net, moi qui tombe et renverse et tâtonne ?

Serais-je capable de prendre le temps, moi l’activiste, le passionné du toujours plus, l’inquiet de la bourse ?

Et faire un bouquet de belles initiales, de a à z ?

Un a de l’Avent

Un b de beauté, de Borobudur

Un c de christs, de cuisine

Un d de désert saharien

Un e d’élégance intérieure

Un f de contrées fantastiques (pas de factures)

Un g de garamond

Un h de l’héron qui nous attend dans la Nièvre

Un i de cet instant, et de l’Inde intérieure

Un j de je, cet être que je rencontre dans la panique comme dans le serein

Un k d’un Kyrie, de Kunjok et de Kathmandu aussi

Un l de lire The New Yorker, surtout les portraits

Un m de Marie

Un n de nuée, mon premier mot de français lu dans un psaume

Un o de « je cherche l’or du temps »

Un p de palimpseste, la vision que je préfère

Un q de quintessence, la réalité que je préfère

Un r de la belle revue Itinéraires

Un s de Sonam et de Sarnath où vit une branche de notre famille

Un t de La Traviata, morceau 16 quand la voix féminine déchire l’espace

Un u de l’inouï

Un v de voyage, de vin – en tout cas pas de la vérité

Un w pour tout ce que j’ignore

Un x mathématique dans la tête de Marie, l’x dans la vie aussi

Un y grec ou plutôt un ij néerlandais

Un z de zen, s’il ne faisait à la longue pas si mal aux genoux…

Léonard

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