Tendresse pour la chimère – Marie

Hébétée. Les yeux m’en sortent des orbites, écarquillés !

Je suis effarée ! C’est ça le monde !

Je me racrapote, bloque mon élan,

Courbe l’échine, ploie sous la charge de l’hébétude. Je me ratatine, j’avale ma glotte, je mange mon gosier

Et décharne mes membres. Alors c’est comme ça que ça marche !

Non je ne sauterai pas dans leur jeu. Je ne participerai pas. Je ne serai pas plus complice qu’un voyeur ahuri… et fasciné. Je ne peux quitter du regard

Ce qui pourtant m’agresse et m’insupporte.

Mon corps s’est rabattu vers un arrière sécurisant. Je ne sauterai pas – juste à temps, j’ai vu !

Mon cerveau est en proie à une logorrhée débridée. Comment est-ce possible ? J’ai besoin de mots

Pour croire ce que captent mes yeux. Et au-delà des mots, qui me sont appui,

Et du geste de prendre la terre à témoin,

J’avale l’air mutique des chagrins révoltés,

Des secrets trop longtemps tus et des silences imposés.

C’est comme ça que ça marche !

Un bourreau, une victime, un sauveur :

Valse des places où chacun permute les rôles

Chaque tête alternant les perruques

Chaque cœur adoptant une identité d’emprunt.

Un jeu de dupe, de marionnettes articulées

Où la conscience d’être acté est fuie

Au profit du bien-être dérisoire d’un déjà connu.

Où il est le courage ? La force du changement ?

Le bon sens de fuir le putride,

Le dégoût du nauséabond ? Je ne vois que complaisance, soumission

Et carcan des habitudes aux allures de manteaux neufs. Faut-il que je sois étrangère pour me sentir aussi repoussée ? Serais-je repoussante pour être aussi étrangère ?

Qui osera embrasser la bête

Pour découvrir la générosité de mon âme

Et le feu de mes talents ? Dragonne, j’avais en moi la puissance des enfers !

Les bras m’en tombent ! Je suis démunie,

Aphone de gerbes incandescentes,

De giclées virulentes ou d’observations pertinentes.

Je découvre l’art de la retenue :

Ne pas dire, ne pas exprimer, ne pas manifester. Et dans cette apnée, cette impuissance consentie,

Je découvre la tendresse d’un maître de Bushido

Pour l’apprenant tombé sous ses propres coups. Il mérite la foudre de mes hydres,

Il n’aura que la prunelle patiente de ma vigilance,

La pupille dilatée de mon courroux et de mon empathie.

J’ai pris de la hauteur et contemple,

Hagarde et amusée, ce qui croupit

De ne pas saisir les perches salvatrices. Je ris du prix que j’ai payé, immense,

Des opportunités ratées, nombreuses, et

Des voies où je me suis enlisée, innombrables

J’ai pris de la hauteur et me ris

Des embûches du chemin parcouru… En toute liberté !

Paris 17 10 2010

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